Société

ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR : LES ENSEIGNANTS MAINTIENNENT LA GRÈVE ET EXIGENT UN ACCORD ÉCRIT AVEC L’ÉTAT

Malgré le paiement partiel de salaires et d’heures d’enseignement, la crise persiste à l’Université Marien Ngouabi. Les syndicats d’enseignants, vacataires comme permanents, dénoncent des arriérés chroniques, des conditions de paiement jugées indignes et l’absence d’un accord formel avec le gouvernement. À l’issue d’une rencontre tendue avec la ministre de l’Enseignement supérieur, la levée de la grève reste incertaine.

La rencontre entre le gouvernement et les syndicats de l’Université Marien Ngouabi (UMNG) n’a pas permis de débloquer la crise qui paralyse l’institution depuis plusieurs semaines. Si l’exécutif se félicite d’avoir consenti des efforts financiers, les syndicats estiment que les mesures prises restent largement insuffisantes face à l’ampleur des arriérés accumulés.

Selon la ministre de l’Enseignement supérieur, le gouvernement a répondu « partiellement » au cahier des charges syndical, notamment par le paiement de trois mois de salaire et d’une partie des heures d’enseignement dues. L’objectif de cette rencontre, explique-t-elle, était aussi de « préserver l’avenir des étudiants », en particulier des nouveaux bacheliers désireux d’intégrer l’université publique.

Toutefois, la ministre reconnaît que les discussions n’ont pas abouti à une décision immédiate de levée de la grève. « Les syndicats doivent d’abord échanger avec leur base », a-t-elle déclaré, tout en espérant un retour favorable.

LES VACATAIRES DÉNONCENT UNE PRÉCARITÉ CHRONIQUE

Du côté syndical, le ton est nettement plus critique. Elvis, représentant syndical des enseignants vacataires, reconnaît un premier pas, mais parle d’un soulagement très relatif.
« Quelqu’un qui a travaillé pendant cinq ans sans être payé, et qu’on appelle enfin pour toucher quelque chose, ça fait plaisir. Mais ce n’est que le début », souligne-t-il.

Les enseignants vacataires dénoncent une situation qu’ils jugent profondément injuste : paiement irrégulier, montants dérisoires, absence de visibilité et conditions de paiement humiliantes. « Venir faire la queue pour percevoir son dû, alors que l’étudiant que j’enseigne va à la banque, ce n’est pas normal », déplore Elvis, appelant à une revalorisation du statut des vacataires.

Il pointe également la faiblesse des montants versés. À titre d’exemple, un enseignant assurant deux crédits par semestre, soit 48 heures annuelles, peut attendre plusieurs années pour percevoir à peine 30% de ce qui lui est dû, soit parfois 30 000 ou 40 000 francs CFA. « Divisez ce qu’on nous donne sur douze mois, vous verrez combien gagne réellement un docteur », insiste-t-il.

“NOUS NE LEVONS PAS UNE GRÈVE CONTRE RIEN”

Le président des syndicats de l’UMNG se montre encore plus ferme. Pour lui, la réunion avec la tutelle « n’a rien donné ».
« On peut dire qu’elle est venue accoucher d’une souris », lâche-t-il, dénonçant l’absence de propositions concrètes.

Selon les syndicats, malgré le paiement de trois mois pendant la grève, la dette salariale reste pratiquement intacte. À la fin du mois de janvier, les enseignants cumuleront de nouveau cinq mois d’arriérés, soit la même situation qu’au déclenchement du mouvement.

Les syndicats posent des conditions claires à toute levée de la grève :

le paiement d’au moins un mois de salaire avant la fin janvier ;

la signature d’un relevé de conclusion ou d’un protocole d’accord fixant un calendrier précis de règlement de la dette restante.

« Nous n’acceptons pas des démarches dictatoriales. On ne lève pas une grève contre des promesses », martèle le président syndical.

LE GOUVERNEMENT INTERPELLÉ SUR LES RESSOURCES FINANCIÈRES

Les syndicalistes rejettent également l’argument de la contrainte financière. Ils rappellent que l’État a récemment mobilisé des ressources à travers des eurobonds.
« L’argent existe. Il faut simplement la volonté politique pour éponger notre dette », affirment-ils.

Pour eux, la poursuite de la grève n’est pas un choix idéologique, mais la conséquence directe d’un système de paiement irrégulier et d’un manque de considération envers les enseignants, pourtant piliers de la formation universitaire.

UNE BATAILLE GAGNÉE, MAIS PAS LA GUERRE

Tous les acteurs s’accordent néanmoins sur un point : le dialogue reste indispensable. « Le syndicalisme n’est pas une opposition, mais un cadre de négociation », rappelle Elvis, appelant à des solutions durables et régulières.

Si les syndicats reconnaissent avoir remporté « une bataille », ils estiment que la guerre pour la dignité et la valorisation des enseignants, en particulier des vacataires, est loin d’être terminée. En attendant des engagements concrets, la grève reste maintenue, laissant planer l’incertitude sur la reprise effective des cours à l’Université Marien Ngouabi.

🖋️ Article rédigé par Vivace MAMBOUANA

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