Une bataille inconnue du grand public fait rage dans les cercles du pouvoir à Brazzaville pour s’assurer la nomination au poste de Premier ministre. Un combat épique et florissant où tous les coups, même les plus tordus (ou presque), sont permis. Comme une odeur de lutte successorale.
De grandes tractations se déroulent dans les mini-chapelles politiques du Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir, une espèce de théâtre d’ombres où les rôles sont bien distribués. Des spéculations vont bon train sur l’identité du futur Premier ministre, ainsi que sur la nature et l’ampleur des changements qui seraient opérés au cours du dernier mandat constitutionnel du chef de l’État.
Entre les partisans du respect du principe rotatif – non écrit – d’équilibre géopolitique régional nord-sud, qui plaident pour qu’un Premier ministre provienne de la partie sud du pays lorsque le président de la République est originaire du nord, et inversement, et les lobbyistes discrètement engagés par des « intouchables de la République » pour tenter de convaincre Denis Sassou N’Guesso de la nécessité de nommer un Congolais charismatique et compétent, quelle que soit son origine géographique, afin de diriger le gouvernement jusqu’en 2031, la bataille fait rage autour du chef de l’État.
Ce dernier camp souhaite que Denis Sassou N’Guesso nomme un ressortissant issu de la partie nord du pays, à même d’impulser une réelle dynamique de réformes tous azimuts, afin d’assurer au président de la République une fin de règne éclatante et paisible, ou une continuité de son bail au palais, en cas de modification de la Constitution du 25 octobre 2015.
Les exemples de nominations de Premiers ministres, tous deux issus du nord, illustrent la logique de ce camp : Henri Lopes, en poste de 1973 à 1975, avait été nommé par feu le président Marien Ngouabi ; Pierre Moussa, quant à lui, a occupé la fonction de 1990 à 1991 sous Denis Sassou N’Guesso.
À l’inverse, deux ressortissants du sud avaient également été désignés : Claude-Antoine Da Costa, Premier ministre de 1992 à 1993, ainsi que Bernard Bakana Kolélas en 1997, tous deux nommés par le président Pascal Lissouba, lui-même issu du sud du pays. Ces cas constituent les fondements sur lesquels repose la position de ce camp.
Dans les starting-blocks, les noms les plus fréquemment cités sont, par ordre d’importance, Jean-Jacques Bouya, Gilbert Ondongo et, dans une moindre mesure, Rigobert Roger Andely.
Dans un pays où il semble difficile de susciter durablement l’adhésion des citoyens, ce trio pourrait-il bénéficier de l’onction du président de la République, si attaché aux équilibres géopolitiques, et surtout de l’adhésion de l’opinion congolaise ? Rien n’est impossible.
Bouya est présenté par ses hommes liges comme la personne providentielle qui « peut s’enorgueillir d’avoir été l’architecte du saut qualitatif et quantitatif du développement infrastructurel que connaît aujourd’hui le pays ». Qui plus est, « Ya Jeanot », pour les intimes, a accès à son oncle, le président, auprès duquel il aurait carte blanche pour booster les grandes réformes économiques et financières dont le pays a besoin.
La grande inconnue reste cependant le sentiment de défiance que les populations entretiennent (à tort ou à raison ?) à l’égard de Jean-Jacques Bouya. Il semble si profond que l’on se demande parfois quelle dose de masochisme il faut avoir pour se lancer dans une carrière politique au Congo.
Il en est de même pour Gilbert Ondongo, considéré par la rue congolaise comme le ministre des Finances qui avait évoqué pour la première fois le « fonds des générations futures » de 14 000 milliards de FCFA, resté jusqu’ici introuvable à la banque centrale. L’homme déclarait même à l’époque que « le Congo a beaucoup d’argent, beaucoup d’argent même ».
Quoi qu’il en soit, Ondongo, grand concepteur et rédacteur du programme de société de Denis Sassou N’Guesso, L’Accélération de la marche vers le développement, pourrait être le mieux placé, comme Premier ministre, pour passer de la théorie à la pratique, en mettant en œuvre le programme du chef de l’État.
De l’avis des observateurs du landerneau politique national, seul, dans ce trio, Rigobert Roger Andely semble, dans une certaine mesure, échapper à ce concert de critiques et de récriminations, quoique son dernier passage au gouvernement contraste avec le premier, et que sa désinvolture, couplée à ses oukases sur des arbitrages budgétaires, lui vaille des inimitiés parmi les « intouchables de la République », qui le soupçonnent de vouloir capitaliser sa relative popularité pour s’inscrire dans le dernier virage de la lutte successorale.
Denis Sassou N’Guesso tentera-t-il d’inverser cette tendance au moment où les politiques se livrent, à fleurets mouchetés, à un positionnement stratégique sur fond de lutte successorale ?
La dynamique du système géopolitique rotatif nord-sud
Depuis son retour aux affaires en 1997, après une guerre civile qui aurait pu dégénérer en conflit ethnique, voire géographique, Denis Sassou N’Guesso demeure fermement attaché au principe de redistribution des cartes afin d’éviter toute fracture nord-sud.
Le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale restent généralement issus du sud du pays. L’équilibre géopolitique national dépend en grande partie de cette configuration. Il a même institué une forme de gestion rotative de la primature.
Après le décès de Clément Mouamba, digne héritier de la Lékoumou, la primature est revenue à Anatole Collinet Makosso, cadre originaire du Kouilou. L’homme s’est quelque peu affirmé après cinq ans passés à la tête du gouvernement, avec notamment un programme signé et mené à terme en collaboration avec le FMI.
Certains observateurs estiment que Makosso mérite de reprendre le gouvernail afin de poursuivre le travail engagé. D’autres redoutent qu’il n’utilise les moyens de l’État pour renforcer son influence à l’horizon 2031, dans la perspective de la succession, au cas où le chef de l’État envisagerait de passer la main.
Cinq autres prétendants espèrent accéder à ce poste : Pierre Mabiala, Rigobert Maboundou, Claude Alphonse Nsilou, Émile Ouosso et Firmin Édouard Matoko, apolitique et ancien candidat malheureux à la direction générale de l’UNESCO. Yves Castanou figure également dans cette short-list.
Le premier se sent investi de la confiance du président de la République depuis qu’il l’a représenté lors des festivités marquant le cinquantième anniversaire de l’indépendance du Mozambique, célébré le 25 juin 2025 à Maputo, avant d’être reçu en audience par le président mozambicain Daniel Francisco Chapo.
Le ministre d’État Pierre Mabiala, qui traîne une image controversée, a récemment agi comme émissaire du chef de l’État en Amérique latine, où il s’est rendu pour soutenir la campagne de Firmin Édouard Matoko.
Ce dernier demeure discret mais effectue des séjours réguliers à Brazzaville. Il pourrait créer la surprise face à Claude Alphonse Nsilou, son parent du Pool.
Il en va de même pour Rigobert Maboundou, qui nourrit l’ambition de succéder à Anatole Collinet Makosso. Son principal défaut : un talent oratoire reconnu, mais des résultats jugés insuffisants, notamment lors de son passage au ministère de l’Agriculture.
Depuis son retour d’exil du Cameroun, Émile Ouosso, homme d’affaires prospère dans le secteur du bois, a connu une ascension rapide dans l’appareil d’État, au point de devenir un ministre incontournable. Lui aussi ambitionne la primature.
Le pasteur évangéliste Yves Castanou, autre fils du couple présidentiel, pourrait-il créer la surprise en déjouant tous les pronostics ?
Seul l’avenir nous dira ce qu’il adviendra.
🖋️ Article rédigé par Alphonse Ndongo
Source : https://www.facebook.com/share/15dHPeYr7Ho/
En mission de travail en France, le ministre des Sports Hugues Ngouélondélé a obtenu l’accord…
Réunis à Brazzaville, les acteurs de la société civile ont défini une stratégie commune pour…
Le candidat indépendant Uphrem Dave Mafoula a saisi, le 20 mars à Brazzaville, la Cour…
Alors que les autorités annoncent un renforcement imminent des contrôles routiers, notamment dans le secteur…
La Commission nationale électorale indépendante (CNEI) a transmis, le 20 mars à Brazzaville, les résultats…
Avec plus de 94 % des suffrages exprimés, Denis Sassou N’Guesso est donné largement vainqueur…