Société

LE CAPGED DÉNONCE UNE « TERREUR PROGRAMMÉE » CONTRE L’OPPOSITION ET LES JOURNALISTES

À huit mois de l’élection présidentielle de mars 2026, le Consortium des Associations pour la Promotion de la Gouvernance Démocratique et l’État de Droit (CAPGED) alerte sur une répression méthodique et organisée des libertés publiques, visant à museler l’opposition, intimider les journalistes et restreindre l’espace civique au Congo-Brazzaville.

Dans une note de position rendue publique le 26 juillet, le Consortium des Associations pour la Promotion de la Gouvernance Démocratique et l’État de Droit (CAPGED) dit constater avec une vive inquiétude une multiplication « systématique et exacerbée » des actes arbitraires et des violations des droits fondamentaux en République du Congo.
À l’approche du scrutin présidentiel de mars 2026, que l’opposition et la société civile appellent de leurs vœux « libre, démocratique et transparent », le CAPGED dénonce une stratégie visant à réduire au silence toute voix discordante.

Au cœur des inquiétudes, un arrêté publié le 30 juin dernier par le ministère de l’Intérieur, retirant la reconnaissance légale à plusieurs partis politiques pourtant enregistrés depuis plus de trois décennies. Ces formations appartiennent pour la plupart au Rassemblement des Forces du Changement, branche jugée la plus critique vis-à-vis du pouvoir en place.
Or, souligne le Consortium, nombre de partis toujours officiellement reconnus n’ont, eux non plus, aucune présence effective sur l’ensemble du territoire national.
Dans les faits, les partis sanctionnés ne parviennent plus à obtenir les attestations de résidence nécessaires pour régulariser leur situation, car leurs représentants locaux sont déclarés « suspendus et non reconnus ». Un « cercle vicieux méthodiquement entretenu », selon le CAPGED, qui y voit une « restriction injustifiée et disproportionnée » au pluralisme politique.

La situation de Maître Bob Kaben Massouka cristallise ces tensions. Cet avocat au barreau de Brazzaville a été enlevé le 9 juillet, puis détenu plus de dix jours sans accès à un avocat, à un médecin, ni à sa famille. Depuis son transfert à la maison d’arrêt de Brazzaville, il est accusé, avec six autres personnes, d’atteinte à la sûreté de l’État pour avoir prétendument planifié une marche visant à « renverser les institutions ».
Mais l’affaire intrigue. Le principal instigateur désigné, M. Cedric Castellin Balou, président du parti PA.PE., nie connaître Me Massouka. Il dénonce en revanche un harcèlement constant à son encontre et à l’encontre de sa famille, plusieurs proches, dont sa belle-sœur et son beau-frère, sont toujours détenus à Pointe-Noire, soupçonnés d’avoir perçu des fonds de l’étranger.

Cette spirale répressive n’épargne pas les journalistes. Rosie Pioth, correspondante de France 24 à Brazzaville et Directrice de Fact-Check Congo, a reçu des menaces après la diffusion d’une enquête sensible sur un attentat survenu en 1982 à l’aéroport Maya-Maya, un épisode longtemps resté dans l’ombre.
Pour le CAPGED, ces pressions visent à « contrôler l’information et museler la presse indépendante, pilier de toute démocratie ».

Face à ces dérives, le Consortium formule plusieurs exigences : la libération sans délai de Me Bob Kaben Massouka ou, à défaut, l’organisation d’un procès équitable ; la relaxe immédiate de M. et Mme Poaty Darelle Kali, de leur collègue, et de toute personne détenue pour des motifs jugés politiques ; la réintégration des partis politiques exclus ; et le respect absolu de la liberté de la presse.

Enfin, le CAPGED appelle les missions diplomatiques présentes au Congo à rappeler au gouvernement ses engagements internationaux en matière de droits humains et à faire pression pour que cessent « les pratiques d’intimidation et de terreur contre journalistes, activistes et opposants ».

Alors que s’ouvre une séquence électorale décisive, la société civile congolaise craint que l’étouffement de l’espace civique ne compromette toute perspective de débat pluraliste et d’alternance démocratique.

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