À deux mois de l’élection présidentielle prévue les 12 et 15 mars 2026, le Mouvement Républicain (MR) tire la sonnette d’alarme. Dans une déclaration officielle rendue publique le 23 janvier à Brazzaville, le parti d’opposition dénonce une convocation du corps électoral entachée d’ambiguïtés, d’irrégularités et d’un manque criant de transparence, mettant en doute la crédibilité même du scrutin à venir.

Le Mouvement Républicain a réagi avec fermeté à l’annonce, par le Conseil des ministres du 20 janvier 2026, d’un projet de décret portant convocation du corps électoral pour l’élection du président de la République prévue les 12 et 15 mars 2026.
S’il reconnaît que cette convocation relève des dispositions de l’article 68 de la Constitution du 25 octobre 2015, le parti estime toutefois que les conditions dans lesquelles elle intervient posent de sérieux problèmes de fond et de forme.
Le MR s’interroge d’abord sur la répartition du vote en deux journées distinctes, avec un vote par anticipation réservé aux agents de la force publique le 12 mars, suivi d’un vote général le 15 mars.
Dans sa déclaration, le Secrétariat permanent s’interroge ouvertement :
« Que doit-on comprendre par vote général lorsqu’il y aura déjà eu un vote par anticipation d’une partie de ce même peuple ? Pourquoi cette ambiguïté ? Sachant que ces mêmes agents de la force publique font partie intégrante de la population congolaise convoquée pour ce scrutin. »
Pour le parti, cette organisation entretient une confusion susceptible d’affaiblir la lisibilité et la sincérité du processus électoral.
UN CORPS ÉLECTORAL NON PUBLIÉ ET NON STABILISÉ
Au cœur des critiques figure l’absence de publication officielle du corps électoral. Le MR rappelle que la révision des listes électorales s’est déroulée du 1er septembre au 30 octobre 2025 et que la période de réclamation, prévue du 8 au 22 décembre 2025, est officiellement achevée depuis plus d’un mois.
Pourtant, à ce jour, le nouveau corps électoral n’a toujours pas été rendu public. Une situation jugée inacceptable par le Mouvement Républicain, qui affirme :
« Le corps électoral est convoqué, alors même qu’il n’est ni officiellement connu, ni publié, ni stabilisé. Or, on ne saurait convoquer un corps électoral dont la composition demeure incertaine, inconnue du public et des acteurs politiques. »
Le parti estime qu’une telle situation porte gravement atteinte aux principes fondamentaux de transparence, de sincérité et d’égalité des chances garantis par la Constitution.
EXCLUSION DE LA DIASPORA : UNE « VIOLATION FLAGRANTE »
Le Mouvement Républicain dénonce également l’exclusion des Congolais de la diaspora lors des opérations de révision des listes électorales. Une mise à l’écart qualifiée sans détour :
« Cette mise à l’écart constitue une violation flagrante du principe constitutionnel d’égalité tel qu’est consacré par l’article 15 de la Constitution, au terme duquel tous les citoyens congolais sont égaux devant la loi et ont droit à la protection de l’État. »
Le MR souligne que cette exclusion a contribué à la constitution d’un corps électoral « incomplet, déséquilibré et fictif », portant atteinte au caractère inclusif et universel du suffrage.
Autre zone d’ombre pointée du doigt : l’absence totale d’informations sur le nombre exact d’agents de la force publique appelés à voter le 12 mars 2026. Le MR s’interroge : « Combien sont-ils exactement ? »
Tout en précisant ne pas remettre en cause les impératifs de sécurité nationale, le parti estime indispensable que les acteurs politiques disposent d’informations globales sur ces effectifs afin de garantir la transparence et l’équité du scrutin.
Le Mouvement Républicain rappelle en outre le devoir constitutionnel de neutralité des forces de défense et de sécurité, citant l’article 205 de la Constitution :
« La force publique est apolitique, elle est soumise aux lois et règlements de la République, elle est instituée dans l’intérêt général, nul ne doit l’utiliser à des fins personnelles. »
Sur le volet de la campagne électorale, le MR dénonce une accumulation de manquements : durée jugée trop courte, choix de la saison des pluies, inégalité d’accès aux moyens logistiques et financiers, absence de plafonnement légal des dépenses de campagne.
Selon le parti, « cette accumulation de manquements révèle un climat d’improvisation et de précipitation sélective, renforçant les craintes de manœuvres susceptibles d’ouvrir la voie à des dérives graves et à une tricherie de masse ».
Le MR estime que tout semble déjà fixé (dates, calendrier, convocation) à l’exception de l’élément fondamental : « le véritable corps électoral lui-même ».
DES EXIGENCES ET UNE MENACE DE BOYCOTT
Face à ces constats, le Mouvement Républicain formule plusieurs exigences, notamment la publication immédiate du corps électoral, l’intégration de la diaspora, la mise en place effective du plafonnement des dépenses de campagne et la création d’une commission électorale indépendante crédible.
À défaut, le parti se réserve le droit de proposer aux candidats de l’opposition de ne pas participer au scrutin :
« laissant ainsi le candidat du pouvoir seul en lice ».
Le MR en appelle enfin à un report de l’élection et à l’ouverture d’une période de transition permettant l’organisation d’un scrutin libre, équitable et transparent, à l’image de celui de 1992.
Pour le Mouvement Républicain, sans correction de ces irrégularités, le processus électoral en cours risque de se voir durablement privé de toute crédibilité.
🖋️ Article rédigé par Vivace MAMBOUANA







