L’auditorium de la présidence de l’Université Marien Ngouabi a accueilli, le vendredi 08 mai, une soutenance de thèse de doctorat particulièrement remarquée. Devant un jury international ainsi qu’un parterre d’universitaires et d’invités, Alfred Romuald Nguya Poaty a présenté ses travaux portant sur les « Effets de la croissance économique sur la transformation structurelle en zone CEMAC », issus du Laboratoire d’économie et de management (LEM) de la Faculté des sciences économiques.

Un paradoxe au cœur du développement africain
La thèse s’attaque à une contradiction apparente que connaissent de nombreux pays d’Afrique centrale : une croissance économique qui ne s’accompagne pas d’une véritable mutation de leurs structures productives. Le candidat résume lui-même ce constat en une formule saisissante : « Le paradoxe de la croissance sans transformation structurelle en zone CEMAC ».
S’appuyant sur une revue approfondie de la littérature économique internationale, Alfred Romuald Nguya Poaty démontre que, si la transformation structurelle est classiquement présentée comme le moteur de la croissance, la relation fonctionne également en sens inverse, à une condition majeure. « La croissance facilite aussi la transformation structurelle, mais cet effet est conditionné par la qualité des institutions », a-t-il affirmé lors de sa présentation.
Un cadre théorique ancré dans les travaux de Bowles et Carlin
Pour étayer sa démonstration, le chercheur mobilise notamment les travaux de Bowles et Carlin (2020), qui posent le principe d’un équilibre nécessaire entre trois forces : l’État, le marché et la société civile. Cet équilibre des forces suppose, explique-t-il, un équilibre institutionnel préalable entre les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Une architecture institutionnelle dont la solidité conditionne, selon lui, l’effet réel de la croissance sur la transformation des économies de la sous-région.

Des recommandations à l’attention des gouvernements et des institutions internationales
Au-delà de l’apport méthodologique, les conclusions de cette thèse ont une portée opérationnelle directe. Le nouveau docteur plaide pour que les décideurs publics et les organismes internationaux cessent de considérer la croissance économique comme l’unique moteur du développement. Il attire notamment l’attention sur le caractère ambivalent de l’ouverture commerciale : dans un environnement institutionnel extractif, elle risque de freiner la transformation structurelle ; en revanche, adossée à des institutions inclusives, elle peut devenir un puissant levier de développement.
« Ces travaux pourront permettre aux institutions internationales et aux gouvernements de s’assurer que la croissance économique ne constitue pas, à elle seule, le moteur du développement », a-t-il conclu devant le jury.
Un jury international de haut rang
La soutenance s’est déroulée sous la présidence du Professeur Pierre-Alexandre Kopp, professeur émérite de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Le jury comprenait également le Professeur François Facchini (rapporteur externe, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), M. Idrys Fransmel Okombi (rapporteur interne, Université Marien Ngouabi) et M. Giscard Assoumou Ella (examinateur, Université Omar Bongo). La direction scientifique de la thèse était assurée par le Professeur Antoine Ngakosso, professeur titulaire agrégé et directeur de thèse à l’Université Marien Ngouabi.
🖋️ Article rédigé par Hophni BAYOKILA et LG LOUMIKOU







