Kellé, localisé dans la Cuvette-Ouest à plus de 724 km au nord-ouest de Brazzaville, voit de plus en plus d’exploitants venir pour l’exploitation de l’or. Ce phénomène attire également divers acteurs sociaux et particulièrement les travailleuses du sexe.

À l’entrée de cette seconde grande ville de la Cuvette-Ouest, après Ewo, on peut lire : « Kellé, terre d’amour ». Il ne s’agit pas de simples paroles vides, mais d’un appel à l’amour et à l’activité sexuelle liée à l’orpaillage dans cette communauté de près de 8000 habitants. Provenant de Pointe-Noire, Dolisie, la Bouenza, Brazzaville et de la RDC, des centaines de jeunes filles se sont précipitées vers Kellé et les lieux d’extraction d’or aux alentours dans l’espoir de gagner des profits grâce à l’orpaillage. Leur travail consiste à « roder » ou à se «prostituer». « Je suis ici depuis presqu’un mois maintenant. » Initialement, j’avais apporté des poissons salés de Pointe-Noire pour les vendre, mais maintenant, je fais juste le rodage », précise Vicky.
Vichy, dans la trentaine bien établie, est l’une de ces professionnelles du sexe qui pratiquent à Kellé. « Cette ville est un point de rencontre pour les chercheurs d’or et l’argent y coule à flot, c’est la raison pour laquelle nous nous trouvons ici. » Elle explique, toute sourire aux lèvres, que cela peut prendre des mois, voire des années pour certains.
À l’instar de Vicky, Grâce, originaire de Dolisie et dans la trentaine, est une mère d’une petite fille âgée de deux ans. Elle a quitté sa ville natale pour rejoindre Kellé où elle exerce le métier de « rodeuse ». Au départ sans emploi, elle s’est engagée dans cette activité en espérant améliorer ses journées. « Je fais ce travail dans le but d’atteindre un objectif spécifique, puis je me dirige vers autre chose, car il me manque un fonds de départ pour me lancer dans le monde du commerce ou apprendre un métier », explique-t-elle.
Plusieurs facteurs ont conduit ces femmes à choisir cette profession. Pour certaines qui ont des charges, la seule manière qu’elles voient de sortir de leur misère est d’exercer le plus ancien métier du monde, « la prostitution ». « Je ne peux pas demander 2500 FCFA pour un rodage, mon prix se situe entre 10000 FCFA et au-delà, parce que je n’ai pas quitté Dolisie sans raison. » « Mon tarif augmente en même temps que le prix du gramme monte, mais avec la guerre au Moyen Orient et la chute du prix de l’or, je limite également ma demande à 5000FCFA, sans descendre davantage », ajoute Grâce, tout sourire.
Du sexe au contrat
Actuellement, en raison de la crise israélo-iranienne qui a entraîné des frappes à Dubaï, le vaste marché d’achat d’or mondial a vu la valeur du gramme d’or diminuer, tant sur le marché international qu’à Kellé. Avant la guerre, le prix du gramme était de 80000FCFA, mais il a maintenant chuté à 65000FCFA. Selon Vicky*, «Au lieu de 10000FCFA par passage, on prend maintenant 5000FCFA ». Cela signifie que l’impact du prix de l’or affecte également le tarif d’un « rodage » auprès des travailleuses du sexe.
Dans cette profession, l’aspect le plus bénéfique réside dans les accords que des travailleuses du sexe concluent avec certains orpailleurs. « Nous établissons des contrats qui varient d’une à quatre semaines avec un homme, et selon la durée de votre collaboration, tu pourrais te retrouver avec 300000FCFA, 500 000FCFA ou même plus. »
D’après ces rodeuses, « quand les mineurs d’or quittent le site les vendredis et samedis, nous avons tendance à faire entre 50000 et 60000FCFA quotidiennement et il n’y a aucun jour férié. » « Si le rodage est fructueux, le mois on se retrouve avec près de 1300000FCFA, plus que le salaire de certains cadres congolais », avouent-elles avec un soupçon d’ironie.
Loin d’être une activité saine, elle a occasionné une augmentation des infections sexuellement transmissibles (IST) dans la localité, « la grande crainte c’est peut-être les IST, puisque certaines relations se font sans protection vu les montants qu’on nous propose parfois », a fait savoir Grâce.
Selon le médecin-chef du centre de santé de Kellé, « en grande partie, les patients qui viennent en consultation dans son centre de santé présentent des germes d’infections urogénitales. Ce qui confirme le taux très élevé de la sexualité dans la ville », avoue le médecin avant de poursuivre, « le sexe est un élément de loisir d’où les femmes multiplient les partenaires », renchérie-t-il.
🖋️ Article rédigé par Marien Nzikou-Massala


